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L’IMAM ET SA SCIENCE, L’U.C. I-GITEGA VEUT SAVOIR.

Qu’un diocèse envoie ses prêtres se spécialiser en théologie, en philosophie ou autres sciences, cela sonne tout normal. Mais qu’un prêtre se spécialise en Islamologie, c’était, jusqu’ici, inédit dans l’Archidiocèse de Gitega. 

L’Islam naissant, Dr Abbé Valentin nous éclaire.

Faisant partie lui-même de l’Union du Clergé Incardiné dans l’Archidiocèse de Gitega, Dr Valentin a présenté, ce 26 novembre, dans le cadre de la rencontre des membres de cette Association, une synthèse de sa thèse intitulée   LA SCIENCE DE L’IMAM SELON LA TRADITION PRIMITIVE CHIITE. LE CAS DU KITĀB BAṢĀʼIR AL-DARAĞĀT D’AL-ṢAFFĀR AL-QUMMĪ (m. 290/903). C’était dans la salle Jean Paul II sise au chef-lieu de l’Archevêché de Gitega. Dite œuvre est composée par 7 chapitres qui méritent d’être lus chacun à son temps et à tête reposée.
                               

Mais avant tout, l’auteur précise 4 termes qui mettent la lumière sur l’Islam primitif :

1º) Chiisme imamite = Chiisme duodécimain : chiisme qui admet l’existence de 12 imams, dont le dernier considéré comme le Résurrecteur eschatologique reviendra à la fin des temps pour rétablir l’ordre et la paix en exterminant par l’épée les ennemis de ʽAlī et des pro-ʽAlī. Il est donc une sorte de messie. L’on trouve deux autres groupes de chiites admettant l’un l’existence de 7 imams seulement (ce sont les ismaélites), l’autre admettant l’existence de 5 imams (ce sont les zaydites).

2º) ʽAlī : Cousin, gendre et compagnon du Prophète de l’islam. Ses droits à la succession à Muḥammad, selon la conviction chiite, ont été usurpés par ses adversaires qui porteront plus tard le nom de sunnites. Les conséquences de cette « Usurpation des droits de ʽAlī » se traduiront pendant de longs siècles par des conflits même sanglants entre les pro-ʽAlī et leurs adversaires. Les pro-ʽAlī seront toujours les perdants de l’histoire, massacrés, persécutés, etc., de quoi entretenir une inimitié toujours aigue et une haine profonde d’un côté, et une espérance en un avenir meilleur avec le retour du Résurrecteur eschatologique, al-Qāʼim.

3º) Imam : Par imam, il faut entendre ʽAlī et ses onze descendants qui ont été à la tête du groupe des partisans de ʽAlī pendant à peu près 240 ans. D’abord ses deux fils al-Hasan et al-Ḥusayn, puis Zayn al-ʽĀbidīn, al-Bāqir, al-Ṣādiq, al-Kāẓim, al-Ğawād, al-Hādī, al-ʽAskarī, et enfin le tout dernier qui entra en occultation en l’an 860 de l’ère commune.

4º) Tradition ou ḥadīṯ : c’est tout ce que Muḥammad a enseigné en dehors de la révélation ; ce qu’il a fait et ce qu’il a laissé faire. Dans le domaine chiite, cette prérogative s’étend en plus aux douze imams et à deux autres personnes particulières : la femme de ʽAlī qui est en même temps fille de Muḥammad, c’est-à-dire Fāṭima al-Zahrāʼ et à Salmān al-Fārisī.



L’imam, pierre angulaire de l’Islam selon la tradition chiite : il mérite de lui vouer l’amour sacré.

Ce qu’il faut noter, de prime abord, est que, selon la tradition chiite, en plus des 5 piliers ordinairement connus de l’Islam, c’est-à-dire la profession de foi (al-šahāda),  la prière (al-ṣalāh), l’aumône légale (al-zakāh), le pèlerinage à La Mecque (al-hağğ) et le jeûne du mois de Ramadan (ṣawm šahr ramaḍān), fort est de constater qu’il faut y ajouter un 6è pilier, à défaut de le prendre pour l’unique : la walāya qui est l’amour sacré, amour indéfectible envers ʽAlī, les imams et les saints amis de Dieu, un amour qui implique ipso facto la haine sacrée envers les ennemis des imams et des saints amis de Dieu. En effet, une tradition qu’on trouve dans le chapitre «Daʽāʼim al-islām » (c’est-à-dire les piliers de l’islam) du Kitāb Uṣūl al-Kāfī de l’illustre Muḥammad b. Yaʽqūb al-Kulaynī (m. 329/941) dit que : « Si quelqu’un passait toutes les nuits à prier, toutes les journées à jeûner, tout le temps à faire pèlerinage à La Mecque, et donnait tout son avoir en aumône, sans qu’il ait la walāya, tout cela serait compté pour rien » (lire Uṣūl al-Kāfī lil-Kulaynī, 2/13 no 5;  p. 1 de l’extrait).

Et Pourquoi le fidèle doit-il vouer la walāya, de façon particulière, à l’imam ? L’une des raisons est que l’imam est détenteur de la Science, non pas celle spéculative, mais celle initiatique, secrète, impénétrable à la raison raisonnante, la Science salvatrice, ʽilm. L’affinité entre l’imam et cette science est tellement grande que l’imam lui-même pourrait simplement être assimilé à elle. Ainsi le célèbre ḥadīṯ qui ouvre par ailleurs le livre Baṣāʼir al-darağāt d’al-Ṣaffār al-Qummī, « ṭalab al-ʽilm farīḍa ʽalā kullī muslim » (la recherche de la science est un devoir canonique pour tout musulman » pourrait se comprendre de la manière suivante : « La recherche de l’imam est un devoir canonique pour tout musulman ». Une trilogie est alors à noter : l’imam, la walāya, la science. Mais cette trilogie ne s’oppose en rien à la centralité de l’imam. La pierre angulaire est l’imam. Celui-ci détient et incarne la science initiatique dont la recherche est un devoir canonique pour tout homme. L’accession à cette science ne peut se réaliser qu’à travers la walāya sans laquelle le fidèle chiite ne saurait être fidèle au sens plein du terme.

Les origines de la Science des imams.

Les imams sont les détenteurs de la totalité de la science sur la totalité des choses ! Cette science, ils l’ont apprises de Dieu, ils l’ont apprises des livres, ils l’ont apprises les uns des autres, ils l’ont apprises des reliques aux propriétés magiques. Les imams ont acquis de Dieu la Science de diverses manières, par révélation au moyen des entités célestes comme les anges et l’esprit de sainteté, par inspiration, par instruction directe ou indirecte par l’intermédiaire du Prophète de l’islam, de son vivant et même après sa mort. Les imams doivent en outre la science à leur création particulière : ils ont été créés à partir de la lumière qui par ailleurs les accompagne dans leur mission sous forme de colonne de lumière. Dans chaque contrée de la terre, Dieu dresse pour l’imam une colonne de lumière (ʽamūd min nūr) visible uniquement par lui et le rattachant à Dieu. Par le biais de cette colonne, l’imam visualise notamment les actes des hommes.
 
Par ailleurs, des objets matériels utilisés par les saints amis de Dieu se sont constitués source de science pour les imams. C’est notamment la tunique d’Adam, la tunique de Joseph, l’Arme invincible de Muḥammad, le sceau de Salomon, le bâton de Mūsā (Moïse) et bien d’autres. Le bâton de Mūsā par exemple était pourvu de deux bouches, une bouche à chacun des deux bouts du bâton ! Avec ces bouches, ce bâton parlait chaque fois qu’il était interrogé. Les imams ont également acquis leur science à partir des livres dont certains sont connus, alors que d’autres sont secrets. Les imams sont les seuls à les avoir en leur version originale et c’est cela leur particularité. Les autres en ont dans des versions modifiées et transformées. Les imams détiennent l’interprétation tant exotérique qu’ésotérique de ces livres. Mentionnons parmi ces livres en guise d’illustration le livre de Muḥammad, le livre de ʽAlī, le Feuillet englobant, le Recueil de Fāṭima, les tablettes de Mūsā, le Recueil d’Ibrāhīm, le Coran, etc. En vertu de leur science inégalable, les imams occupent ou voudraient occuper une position particulière dans la communauté.

Pour se résumer, la tradition chiite admet que les guides sont de deux sortes : il y a des guides de la justice (aʼimmat al-ʽadl), à entendre les imams, et des guides de l’injustice (aʼimmat al-ğawr) qui conduisent la création vers la perdition. Les premiers viennent de Dieu et dirigent la création vers la voie droite. Ils ont reçu de Dieu le pouvoir et la guidance (hudā). Les seconds sont les usurpateurs du pouvoir et des droits des premiers, et n’ont pas été mandatés par Dieu. Quiconque veut être bien guidé est appelé à se mettre à l’école du guide de la justice, à chercher la vraie science auprès de lui car celle-ci ne peut être trouvée nulle part ailleurs. En somme, c’est l’imam-même qu’il faut chercher et lui vouer l’amour total, profond, indéfectible (walāya), ce qui signifie accepter volontiers sa guidance parce qu’il est détenteur de la science, et divorcer d’avec son ennemi ou son adversaire en lui réservant une haine abyssale.

Les recherches de notre cher confrère Valentin NSABIMANA nous ouvrent une voie qui guide vers un tas de connaissances surprenantes. De toute évidence, son livre mérite d’être lu attentivement.

                                        A.    Timothée HAKIZIMANA



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