ABBE MICHEL KAYOYA AU FOND DES FOSSES COMMUNES DE LA RUVUBU ?

Pierre Claver Ndayicariye confie: «A la Ruvubu, sur la colline Mutwenzi, il y a une Congrégation des Soeurs fondées par l'Abbé Michel Kayoya; les soeurs venaient chaque jour [...], avec une question: "Est-ce que vous n'auriez pas trouvé un habit que portait l'Abbé Michel Kayoya"» ?



«A la Ruvubu, les larmes d'émotion des prêtres ont coulé; à la Ruvubu, les larmes d'émotion des soeurs ont coulé; [...] à la Ruvubu, l'Archevêque a pleuré !», a confié aux journalistes Monsieur Pierre Claver Ndayicariye, Président de la Commission Vérité et réconciliation (CVR). C'était vendredi 14 Février 2020, à l'Hotel Source du Nil, au cours d'un café de Presse organisé pour présenter le bilan de la phase 1 des travaux d'exhumation des ossements humains des victimes des massacres de l'an 1972, victimes enfuies dans les fosses communes sur le site de la Ruvubu. De ce bilan de la CVR, il ressort que parmi les victimes de ces massacres du site de la Ruvubu figurent les chrétiens catholiques.


La Commission Vérité et réconciliation (CVR) du Burundi a organisé un café de presse au cours duquel le Président de la CVR, Monsieur Pierre Claver Ndayicariye, a présenté un bilan de la phase 1 ayant comme thème «Les fosses communes de la Ruvubu (Karusi), site de la douleur, du silence et de la souffrance», un thème qui a été présenté durant deux heures et demie. Le Président de la CVR a indiqué que le bilan qu'il présentait se rapportait aux travaux d'exhumation des victimes des massacres de l'an 1972, victimes enfuies dans les fosses communes sur le site de la Ruvubu, travaux réalisés depuis le 27 Janvier.

Après un mot d'accueil aux invités à ce café de Presse, Monsieur Pierre Claver Ndayicariye a indiqué aux journalistes qu'il était heureux de les voir répondre massivement à l'invitation de la CVR, d'autant plus que ces derniers ont un grand rôle à jouer dans la recherche de la vérité sur les faits douloureux du passé du Burundi, laquelle vérité conduirait vers une véritable réconciliation nationale.

Ensuite, fut suivie la présentation proprement dite des résultats des travaux que la Commission Vérité et réconciliation (CVR) a réalisés en 10 jours : 18 fosses communes découvertes en pleine nature, dans les champs situés près de la rivière Ruvubu. «Et sur 6 fosses communes déjà exécutées, 6.032 victimes ont déjà été excavées», a révélé Monsieur Pierre Claver Ndayicariye, ajoutant qu'en plus des ossements, d'autres objets ont été trouvés dans ces fosses communes, notamment des habits pour hommes et femmes, des chaussures, des chapelets, des chaînettes, des perles, des lunettes, ainsi que des douilles et des balles de fusils.



Photo de la visite du site d'exhumation des victimes des massacres de 1972 sur la Ruvyironza par quelques membres de l'Eglise

Toujours selon la présentation du Président de la CVR, il est ressorti que parmi les victimes des massacres de l'an 1972 sur le site de la Ruvubu figuraient des chrétiens catholiques. L'une des mauvaises nouvelles que Pierre Claver Ndayicariye aura dévoilée fut sans doute celle de la probable présence des ossements d'un prêtre célèbre victime de ces massacres, feu l'Abbé Michel Kayoya, qui perdit la vie d'une façon purement tragique, du moins selon l'avis des témoins encore vivants que la CVR indique avoir contacté.

Feu l'Abbé Michel Kayoya, qui fut exécuté le 17 mai 1972, était né à Kibumbu, le 8 Décembre 1934, et ordonné prêtre 8 juillet 1963. Il aurait été arrêté durant la nuit du 13 Mai, à Gitega, avant d'être acheminé à la prison. Calme et serein pendant son séjour en prison, lorsqu'il arriva à la prison, il serait parvenu à encourager les autres prisonniers à prier et à exécuter un chant liturgique, en kirundi : «Tugende mu Ngoro kwa Data!», qui peut se traduire par «Nous allons à la maison de notre Père».


Photo de Feu l'Abbé Michel Kayoya (1934 -1972)

Et au jour de l'excavation par les agents de la CVR des ossements de ces victimes se trouvant au site de la Ruvubu, le Président de la CVR a même évoqué les sœurs d'une certaine congrégation fondée par ce prêtre qu'est Michel Kayoya, qui venaient sans cesse demander l'état des lieux d'exécution des travaux d'exhumation, avec une question permanente de curiosité: «Est-ce que vous n'auriez pas trouvé un habit que portait l'Abbé Michel Kayoya?»

Il a même été indiqué qu'il y avait des fidèles qui recommandaient aux agents de la CVR de bien voir si en exhumant, ils ne pourraient pas reconnaître les habits de feu l'Abbé Michel Kayoya, car un peu avant son exécution, ayant pressenti son sort, il avait donné le sacrement de réconciliation aux soeurs et aux autres fidèles assassinés avec lui, ainsi que fait des prières de recueillement. Il aurait même prononcé des paroles de pardon à l'égard de ceux qui allaient les tuer. Après son exécution, il a été dit que même les soldats qui le fusillèrent auraient pleuré.

La CVR aura indiqué que de ses témoins, il a été signalé les derniers mots des victimes, à la tombe commune; une autre chanson liturgique connue de l'époque, chantée à l'occasion des funérailles: «Twese tuzopfa, ntawuzorusimba», qui se traduite par, «Nous connaîtrons tous la mort, et personne n'échappera» ! Puis des coups de fusils étaient entendus crépir, après lesquels des cris des victimes, suivis d'un silence...! Et le Président de la CVR de faire connaître l'usage des machines de creusement et de remblais des fosses communes pour achever et couvrir les victimes de terres, les bulldozers.


Photo d'exhumation des victimes des massacres de 1972, site de la Ruvyironza

Les fosses communes excavées par les agents de la CVR à la Ruvubu se trouvent dans une vallée située sur la colline Bukirasazi en commune Shombo, Province Karusi. Elles font face à la colline Gasunu de la commune Giheta, près du barrage hydroélectrique construit sur la Ruvyironza, à quelques kilomètres de la localité qui abrite le sanctuaire marial de Mugera et le Petit Séminaire du même endroit. L'endroit est aussi fameux; c'est là où se trouve la confluence de deux rivières principales du pays, la Ruvubu et la Ruvyironza.

Ce site qui fait état de l'un des premiers bilans rendus publiques par la CVR, n'est qu'une ébauche car, selon le Président de la CVR, le champ est encore vaste, à voir son mandant de chercher la vérité sur les crimes commises sur une période allant du 26 Février 1885 au 4 Décembre 2008, avec un même voeux, établir la vérité et asseoir une réconciliation et une véritable réconciliation pour que, plus jamais, des atrocités commises dans le passée ne puisse jamais se reproduire.

 

Michel Nibitanga, CEDICOM