JOURNEE PHILOSOPHIQUE AU GRAND SEMINAIRE DE BUJUMBURA

JOURNEE PHILOSOPHIQUE AU GRAND SEMINAIRE DE BUJUMBURA

«Tout être humain qui souffre mérite qu’on lui tende la main. La douleur le grandit à nos yeux et le rend digne de notre affection fraternelle » (Léopold Bellan).

Ce samedi, 2/5/2020 au Grand Séminaire Saint Curé d’Ars de Bujumbura s’est tenue une journée philosophique portant sur le thème : « Humanisme et Humanitaire ». Cette journée a été introduite par le Recteur ad interim dudit Séminaire, Monsieur l’Abbé Fulgence NSHIMIRIMANA. Etaient également présents dans cette circonstance les professeurs, les éducateurs-formateurs, les étudiants et autres.

Dans son discours d’ouverture, le Recteur a remercié le Directeur Académique qui a organisé cette journée et il a invité les auditeurs à être attentifs aux exposés. Le premier conférencier, la Révérende Sœur Noëlla NDAYISABA, a exposé sur le thème : « De l’humanitaire à l’Humanisme. Remède contre l’instrumentalisation de l’homme ». Avec son thème, nous sommes amenés à voir que notre société actuelle se présente comme une société décentrée, caractérisée par des liens faibles, de rapides changements : changement et fluctuation des rôles, nécessaires pour s’adapter aux conditions toujours nouvelles et aux instabilités. C’est une société caractérisée par une culture du provisoire dans laquelle il devient difficile, voire impossible à l’homme, de se donner une identité ferme. Humanitaire et Humanisme ont la même racine. Ils proviennent du latin « humanitas» qui signifie nature humaine. Ils qualifient respectivement, les organisations œuvrant pour le bien–être universel et le bonheur de l’humanité, l’amélioration de la condition des hommes et le respect de l’être humain ; et le mouvement de pensée idéaliste et optimiste qui place l’homme au-dessus de tout avec pour objectif son épanouissement et la confiance dans sa capacité à évoluer de manière positive.

Depuis son origine, le mouvement humaniste a subi diverses significations selon les circonstances et les époques. De ce mouvement, ont vu le jour des philosophies des Lumières comme l’existentialisme, le libéralisme, le marxisme… Le mouvement humanitaire prend son origine dans l’œuvre de Léopold Bellan considéré comme pionnier de l’humanitaire dont les qualités s’expriment explicitement dans son leitmotiv : « Tout être humain qui souffre mérite qu’on lui tende la main. La douleur le grandit à nos yeux et le rend digne de notre affection fraternelle ». Cependant, à partir de la seconde moitié du XXIème siècle, siècle marqué par des guerres de tout genre, l’expression humanitaire devient courante, ce qui peut faire penser que « guerre » et « humanitaire » sont intrinsèquement associés. Le sens moderne de l’expression humanitaire fait allusion aux notions du devoir et du droit d’ingérence. L’humanitaire a le visage d’organisation philanthropique fondée sur l’idée de solidarité. Aujourd’hui, en face de la croissance des droits humanitaires et les organisations humanitaires, il se remarque en même temps des discussions entre des acteurs de l’humanitaire sur ce qu’ils nomment « crise de l’humanitaire ». La prise de conscience des tragédies du XXème siècle suscite et intensifie la réflexion humaniste. La crise humanitaire vient interpeller les esprits érudits de notre époque contemporaine et rappeler l’exigence d’ériger un humanisme de l’homme, si nous en rappelons à Levinas, comme une préoccupation de tous les modes de gestion de notre maison commune.

Le deuxième conférencier était Dr Isaïe NIMPAGARITSE, dans son exposé qui a comme thème : « La personne humaine au cœur de l’éthique appliquée à la science, au droit et à l’environnement : quelques défis majeurs pour la protection de l’homme et de l’humanité ». Nous avons été appelés à réfléchir sur les âges de la science qui est devenue une grande préoccupation dans nos jours. Les pays du sud du Sahara et surtout ceux des Grands Lacs accourent au développement. Cependant ils doivent faire attention à la science et à la technologie qui sont considérées comme moyens pour atteindre ce but, car une fois mal manipulées, la révolte de la nature pour l’homme est inévitable. L’homme, en se réalisant, pour le développement, doit prendre soin de l’environnement, en ce sens que s’il est mal manié, la catastrophe humanitaire est imminente. Face à l’environnement, l’homme doit adopter les principes de précaution et de responsabilité qui doivent augmenter autant que le pouvoir technologique accroît. Ainsi, il s’impose un plan d’éthique : l’éducation des citoyens. Cela est le rôle de l’administration publique.

Le troisième conférencier de la journée fut Monsieur l’Abbé Stanislas KUBWIMANA, à travers son thème : « L’humanisme : un chemin infini ». Nous avons compris que l’humanisme est un projet encore en cours. Parler de l’humanisme, c’est en quelque sorte tenter de faire un discours sur l’homme, cet être à la fois corporel et spirituel. L’humanisme est un chemin dont personne ne peut en venir au bout. Marcel, dans sa pensée sur l’homme, rappelle que ce dernier est un pèlerin. « Homo viator », c’est une caractéristique de toute personne. Dans ce sens, Heidegger parle du chemin, mais qui ne mène nulle part. Le fait qu’il y ait eu des tentatives de réhabilitation de l’homme montre que le chemin n’est pas entièrement parcouru.

Si l’humanisme peut être saisi comme un défi, il s’entend qu’il est un but non encore atteint. Pris comme finalité, il devient but à poursuivre sans cesse. Jacques Maritain, intervenant contre l’esprit de la modernité qui interpelle l’homme à s’émanciper, souligne trois tragédies qu’a connues l’humanisme : la tragédie de l’homme qui fait de l’homme une image splendide, hautaine, jalouse de son immanence et de son autonomie et finalement bonne par essence. La tragédie de la culture qui déconnecte l’homme des repères antérieurs et par ce fait, le mène au gouffre car il n’y a plus de référence pour son avenir ; et enfin, la tragédie de Dieu où, avec Nietzsche, Dieu est mort. Pour conclure, le projet de l’humanisme est un champ qui réclame toujours l’attention de toute l’humanité afin que ce qu’il y a de plus humain en l’homme puisse être préservé. Nul ne peut fouler cette terre d’un vrai humanisme s’il est coupé de Dieu, de l’amour qu’il insuffle dans ses créatures et du sens qu’il leur montre.

Après les exposés, certains auditeurs ont eu le temps de poser des questions aux conférenciers. En terminant, le directeur académique a remercié vivement les conférenciers, et la journée s’est clôturée par une prière.

Fratri Roger NIYIBIGIRA